Jardiner en ville : les vraies options quand on n'a pas de jardin

Jardiner en ville, ce n'est pas jardiner en plus petit. C'est jardiner avec d'autres contraintes : la lumière qui dépend de l'immeuble d'en face, le vent qui s'engouffre entre les bâtiments, le poids que le balcon supporte, le règlement de copropriété, le voisin du dessous, et la question de la pollution. Et c'est aussi jardiner avec des avantages qu'on oublie : un micro-climat plus chaud, moins de parasites, et des récoltes à trois mètres de la cuisine. Voici les options, selon l'espace dont vous disposez.

Le balcon : 2 à 8 m², le cas le plus courant

C'est l'espace de la majorité des citadins, et il suffit pour un vrai potager : six à douze contenants, les 20 légumes et aromates qui réussissent en pot, dix minutes par jour en été. Les trois questions à régler avant d'acheter quoi que ce soit :

La lumière. Mesurée en heures de soleil direct (trois photos à 10 h, 13 h, 16 h), pas en orientation. Plein soleil (6 h et plus) : tout. Mi-ombre (3 à 6 h) : quinze plantes sur vingt. Ombre lumineuse : huit. Notre article que planter sur un balcon détaille chaque profil.

La charge. 1,2 kg par litre de substrat humide. Trois bacs de 40 L, c'est 150 kg. Un balcon récent est dimensionné pour une charge d'exploitation de l'ordre de 350 kg/m² ; un balcon ancien, fissuré ou en encorbellement demande l'avis du syndic ou d'un professionnel. Répartir contre la façade, préférer plusieurs contenants moyens à un très gros.

Le règlement. Jardinières à l'extérieur de la rambarde souvent interdites, treillis fixés au mur soumis à autorisation, et surtout : l'eau qui coule sur le balcon du dessous est la première source de conflit. Soucoupes, arrosage mesuré, et un mot au voisin.

Le balcon a un atout : son micro-climat. Entouré de murs qui stockent la chaleur, il est 1 à 3 °C plus chaud qu'un jardin de la même ville. On y plante les tomates une semaine plus tôt, et on y récolte une semaine plus tard. Notre guide potager balcon déroule la méthode complète.

La terrasse : 10 à 40 m², et des bacs plus grands

Une terrasse sur dalle supporte beaucoup plus de poids qu'un balcon et permet des contenants de 80 à 200 L, des potagers surélevés, et des plantes qu'on écarte sur balcon : aubergine, pomme de terre en sac, petits fruitiers en bac (framboisier, groseillier), courgette grimpante sur pergola. Les contraintes : le vent, plus fort en toiture, qui impose des brise-vent et des bacs lourds et bas ; l'étanchéité, à ne jamais percer, avec des bacs sur cales et un écoulement vers les évacuations prévues ; et le soleil, souvent total, qui réclame un arrosage automatisé (goutte-à-goutte sur programmateur, 60 à 100 € pour quinze bacs).

La cour et le rez-de-jardin : la pleine terre urbaine, avec une question

Une petite cour ou un jardinet de ville permet parfois la pleine terre. Mais la terre urbaine pose une question réelle : les sols des villes anciennes peuvent contenir du plomb, des hydrocarbures ou des métaux issus d'anciennes activités, de remblais, de peintures. Avant de cultiver des légumes-racines ou des feuilles en pleine terre urbaine, une analyse de sol (50 à 150 € en laboratoire) est une précaution raisonnable ; les agences régionales de santé et certaines villes (Paris, Lyon, Nantes) publient des recommandations. En attendant ou en cas de doute, la culture en bacs surélevés remplis de substrat du commerce contourne entièrement le problème.

Une cour a aussi souvent peu de lumière (murs hauts, pas de ciel) : les mêmes règles de mesure qu'un balcon s'appliquent, et un mur peint en blanc change beaucoup.

Le rebord de fenêtre et l'intérieur : herbes, jeunes pousses, semis

Sans balcon, il reste la fenêtre. Dehors, une jardinière solidement fixée côté intérieur de la rambarde ou de l'appui (jamais posée librement au-dessus de la rue) accueille radis, laitue à couper, fraisiers, persil, ciboulette, un basilic. Dedans, sur une fenêtre sud, un potager d'intérieur raisonnable : mesclun, menthe, ciboulette, persil, germinations, et de mars à mai, les semis de tomates pour un ami qui a un balcon. Notre article potager d'intérieur dit honnêtement ce qui pousse et ce qui ne poussera jamais derrière une vitre.

Le jardin partagé : la pleine terre pour ceux qui n'en ont pas

La plupart des villes françaises, belges, suisses et québécoises ont des jardins partagés, familiaux ou communautaires : une parcelle de 10 à 50 m² en pleine terre, pour une cotisation annuelle modeste, souvent avec une liste d'attente. C'est le complément idéal d'un balcon : les cultures encombrantes (courges, pommes de terre, choux, haricots à rames) au jardin, les aromates, salades et tomates cerises à portée de main sur le balcon. Les jardins partagés sont aussi la meilleure école : on y apprend en regardant les voisins. Renseignez-vous auprès de la mairie, des associations (Jardins familiaux, Réseau des jardins partagés, Les Incroyables Comestibles) ou, au Québec, des éco-quartiers et des jardins communautaires municipaux.

Les contraintes urbaines et leurs réponses

La pollution de l'air. Les études disponibles (notamment celles menées à Paris, Berlin et Montréal sur les potagers urbains) montrent que les légumes cultivés en bac avec un substrat du commerce, à l'écart immédiat d'un axe très circulant, présentent des teneurs en métaux comparables à celles du commerce, à condition de bien laver les feuilles et fruits. Le risque principal vient du sol en place, pas de l'air. Deux précautions simples : laver les récoltes, et pailler pour limiter les éclaboussures de substrat sur les feuilles.

Le vent. Plantes hautes contre le mur, basses et lourdes côté vent, brise-vent en canisse ou toile ajourée (jamais une bâche pleine, qui fait voile), tuteurs solides.

Les pollinisateurs. Rares au-delà du 5e étage. Des fleurs mellifères (soucis, cosmos, bourrache, ciboulette en fleur) les attirent ; pour les courgettes, la pollinisation manuelle (10 secondes le matin) ; pour les concombres, des variétés parthénocarpiques.

L'eau. Pas toujours de robinet sur le balcon. Un bidon de 20 L rempli à la cuisine, un seau d'eau de pluie pendant l'orage, et pour les gros bacs, des oyas ou des réserves d'eau. Un kit goutte-à-goutte sur réservoir et pile fonctionne sans robinet.

Le temps. Dix minutes par jour en été, une demi-journée au printemps pour installer, une demi-journée en octobre pour fermer. Un potager urbain n'est pas un jardin : il est petit, proche, et il se fait en passant.

Les avantages qu'on oublie

En ville, moins de limaces et de rongeurs, pas de lapins ni de chevreuils, un micro-climat plus doux, des saisons plus longues, et des récoltes qui se font en pyjama. Un balcon potager est aussi un petit refuge : une ciboulette en fleur au 6e étage nourrit des abeilles sauvages qu'on ne soupçonnait pas.

Par où commencer

Par le diagnostic de votre espace : lumière, surface, charge, vent, règlement. Puis par cinq plantes faciles, dans quatre contenants assez grands, avec un bon substrat, aux dates de votre zone. Notre guide potager débutant et le calendrier des semis par zone vous donnent le reste.


Pour aller plus loin : Potager balcon : la méthode complète · Potager surélevé · Permaculture sur balcon · Potager d'intérieur

Sources : Jardiner Autrement, fiches « Balcon » et « Jardiner en ville » · Bruxelles Environnement, « Potager en pots » et « Sols pollués » · Agence régionale de santé Île-de-France, recommandations sur les sols urbains · Espace pour la vie (Montréal), « Agriculture urbaine » · Rustica, « Potager urbain ».